La France de 2026, un pays où le mode de sortie compte
En 2025, les prélèvements obligatoires ont atteint 43,6 % du PIB selon l'Insee, au sens national. Sur la base harmonisée d'Eurostat, ils s'élèvent à 46,0 %, le niveau le plus élevé de l'Union européenne, pour une moyenne de 40,7 %. Dans un tel environnement, la manière de percevoir son épargne pèse autant que le montant épargné.
Le barème vaut pour une part de quotient familial. Le projet de loi de finances pour 2027, encore en discussion, propose de relever ses seuils de 2,1 %.
La rente : massive dans les chiffres, rare dans les choix
Les statistiques d'ensemble semblent pourtant le contredire. Fin 2024, la Drees recense près de 2,4 millions de rentes viagères de retraite supplémentaire sur 2,7 millions de bénéficiaires. Fin 2023, le montant moyen atteignait 2 320 € par an. Ces chiffres reflètent aussi l'héritage de dispositifs qui imposaient ou privilégiaient la rente, comme les anciens contrats « article 83 » ou le PERP.
Quand le choix est libre, l'image s'inverse. MoneyVox a interrogé les établissements en avril 2026 :
- BNP Paribas : moins d'un contrat sur 10 000 demande une rente.
- Crédit Agricole : 10 demandes en assurance-vie et 29 sur le PER en 2025.
- Placement-direct.fr : environ 98 % de sorties en capital, contre 2 % en rente.
Ce sont des données d'établissements, pas une statistique nationale. Elles vont toutefois toutes dans le même sens. La formule de l'étudiant est donc exacte pour la rente choisie, pas pour la rente en général.
Comment fonctionne la RVTO
La rente viagère à titre onéreux est versée à vie, en contrepartie d'un capital ou d'un bien abandonné. On la rencontre à la sortie d'une assurance-vie, sur les versements non déduits d'un PER, ou lors d'une vente en viager. La rente issue de versements déduits d'un PER suit un autre régime : elle est imposée comme une pension, après abattement de 10 %.
Son atout tient à l'article 158, 6 du code général des impôts : une rente onéreuse rembourse en partie un capital déjà constitué, et seule une fraction en est donc imposée. Cette fraction dépend de l'âge à l'entrée en service de la rente et reste ensuite invariable. Elle sert de base à l'impôt comme aux prélèvements sociaux.
Prenons 200 000 € convertis à 65 ans, avec un taux de conversion hypothétique de 4 %, soit 8 000 € de rente annuelle. La fraction imposable est de 3 200 €. Dans la tranche à 30 %, l'impôt atteint 960 € et les prélèvements sociaux 595 €. La rente nette s'établit à 6 445 €, soit 19,4 % de prélèvements.
La RVTO n'est pas mal imposée. Elle demande simplement d'abandonner un capital, et c'est ce renoncement que les épargnants refusent.
Reste le calcul qui décourage. Dans cet exemple, il faut 25 ans de rente brute pour retrouver les 200 000 €, soit 90 ans, et 31 ans en net, soit 96 ans, hors revalorisation. Selon l'Insee, l'espérance de vie à 65 ans est de 20,0 ans pour un homme et de 23,6 ans pour une femme, sur les données provisoires de 2025.
D'autres freins s'ajoutent :
- L'irréversibilité : une fois la conversion faite, le capital n'est plus disponible.
- La transmission : sans option, la rente s'éteint au décès. La réversion ou les annuités garanties réduisent son montant.
- Les frais : de 0 % à 3 % sur chaque arrérage selon les établissements interrogés par MoneyVox, souvent en plus de frais sur l'encours.
- Les tables de mortalité : la hausse de l'espérance de vie réduit le montant servi pour un même capital.
- L'inflation : la revalorisation dépend du contrat et n'est pas toujours acquise.
Tout se joue dans le contrat. La notice d'un PER individuel de septembre 2026 en donne un exemple. Elle ne prévoit aucun frais sur les arrérages, mais 1 % par an sur l'encours de rente. La rente est calculée avec un taux technique de 0 % et la table de mortalité en vigueur à sa date d'effet : son montant n'est donc connu qu'au moment de la conversion. Elle peut ensuite être revalorisée par la participation aux bénéfices.
Ce contrat propose aussi, sans cumul possible et de façon irrévocable, une réversion de 1 % à 100 %, des annuités garanties ou des paliers croissants ou décroissants, par exemple 100 % de la rente pendant 5 ou 10 ans, puis 50 %. Ces conditions varient d'un contrat à l'autre et se lisent avant de décider.
La réversion a aussi un effet fiscal. Entre époux, l'administration retient en principe l'âge de l'aîné à l'entrée en jouissance, pendant la vie des deux époux comme après le décès de l'un d'eux. L'âge du survivant à sa première perception s'applique s'il est plus favorable.
Un outil à combiner, pas à opposer
Le débat entre rente et capital est souvent mal posé. Comparer une rente à un placement, c'est comparer une assurance à un rendement. La rente protège d'un risque que le capital couvre mal : vivre plus longtemps que prévu, à un âge où l'on a parfois moins envie ou moins la capacité de piloter son épargne.
Elle prend donc tout son sens à côté d'autres enveloppes, chacune avec un rôle :
- La rente : un revenu à vie, pour couvrir tout ou partie des dépenses incompressibles.
- L'assurance-vie : une épargne disponible et un cadre pour préparer la transmission.
- L'immobilier : un patrimoine d'usage ou de revenus, moins liquide.
Le dosage dépend de l'âge, de la santé, des pensions déjà acquises et des personnes à protéger. La question utile n'est pas « rente ou capital ? », mais « quelle part de mes dépenses dois-je sécuriser à vie ? ».
Le déblocage mixte : en rente et en capital
Sur les versements volontaires d'un PER, le titulaire n'a pas à trancher entièrement : selon les options du contrat, il peut répartir son épargne entre capital et rente au moment de la liquidation. Chaque part suit alors son propre régime, qui dépend aussi de la déduction ou non des versements.
Un point est souvent ignoré : un PER qui n'a reçu que des versements déduits ne donne pas accès à la fiscalité de la RVTO. Le choix de déduire ou non se répercute donc, des années plus tard, sur le mode de sortie.
Reprenons nos 200 000 € de versements non déduits, à 65 ans et avec la même hypothèse de conversion. En conservant 80 000 € en capital et en convertissant 120 000 €, l'épargnant garde une réserve disponible et se constitue une rente de 4 800 € par an, soit environ 3 867 € nets dans la tranche à 30 %.
Avant de décider, trois points se vérifient dans le contrat : la possibilité de combiner les deux sorties, les frais et la table appliqués à la rente, et les options de réversion. La répartition doit être regardée comme définitive une fois la rente mise en place.
Et si la vraie piste était le PEA ?
Un cas reste méconnu. Après cinq ans, un PEA peut se dénouer par une rente viagère, et cette rente est alors exonérée d'impôt sur le revenu (article 157, 5° ter du code général des impôts). Seuls des prélèvements sociaux restent dus, sur une fraction de la rente qui dépend de l'âge. À 65 ans, 40 % de la rente y sont soumis.
Dans les faits, la formule suppose de passer par un assureur qui la propose, et un PEA bancaire doit d'abord lui être transféré. Elle ne supprime aucun des renoncements décrits plus haut, mais elle ouvre une question qu'un futur retraité peut se poser tôt : et si la rente n'était pas un mode de sortie imposé par défaut, mais une décision préparée dix ans à l'avance ?