Une retraite qui décroche avec le revenu

Le taux de remplacement mesure la part du dernier revenu que la pension remplace. Il n'est pas faible pour tout le monde : il baisse à mesure que le revenu augmente. Le Conseil d'orientation des retraites (COR) le montre sur ses cas types, en taux net.

Salariés du privé, génération 1964
Non-cadre, à 62 ans et 9 mois 75,2 %
Cadre, à 62 ans et 9 mois 51,9 %
Médecin libéral, génération 1960
À 62 ans 44,9 %
Au taux plein, à 66 ans et 9 mois 62,5 %

Le COR ne publie pas de cas type d'artisan ou de commerçant. Les montants versés donnent un autre repère : fin 2020, selon l'Insee, la pension de droit direct atteignait en moyenne 1 180 € bruts par mois pour les anciens non-salariés, contre 1 540 € pour l'ensemble des retraités. La moyenne s'établissait à 1 230 € pour les artisans et commerçants et à 2 570 € pour les professions libérales, à revenus d'activité différents.

Trois mécanismes expliquent ce décrochage :

  • Une retraite de base plafonnée. Pour un artisan ou un commerçant, elle ne peut dépasser la moitié du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 24 030 € par an sur la base du plafond 2026. Pour 100 000 € de revenu, cela représente au plus 24 % du revenu, avant la complémentaire.
  • Un rendement qui s'érode chez les libéraux. La Cour des comptes chiffrait en 2024 le rendement technique du régime de base à 7,25 % au niveau du plafond de la Sécurité sociale, et à 4,32 % au-delà de cinq plafonds. Le poids de la complémentaire varie fortement d'une caisse à l'autre.
  • Des droits liés au revenu cotisé. Une rémunération volontairement contenue, au profit des dividendes ou de la trésorerie, réduit l'effort immédiat et, le plus souvent, les droits futurs.

Ces moyennes ne remplacent pas un calcul individuel. Le relevé de carrière disponible sur info-retraite.fr reste le point de départ de toute réflexion.

Le PER, une enveloppe dédiée à la retraite

Créé par la loi Pacte de 2019, le PER individuel reçoit des versements libres, placés jusqu'à la retraite. Il ne remplace pas les régimes obligatoires : il s'y ajoute, et il n'est pas la seule solution. L'assurance-vie, plus souple, ou la valorisation de l'entreprise peuvent le compléter. Son atout propre est de déduire les versements du revenu imposable, sauf renonciation expresse lors du versement.

Versements déduits à l'entrée

Le PER en quatre points

  • Déduction : l'économie immédiate dépend de la tranche d'imposition, et un versement fait à partir de 70 ans n'est plus déductible
  • Sortie en capital : versements imposés au barème, gains soumis au prélèvement forfaitaire de 31,4 %
  • Sortie en rente : imposée comme une pension après abattement de 10 %, prélèvements sociaux sur une fraction qui dépend de l'âge
  • Déblocage anticipé : achat de la résidence principale ou accident de la vie, dont la liquidation judiciaire et la fin d'un mandat social sous conditions

La déduction est un report d'impôt, pas une exonération. Son intérêt dépend de l'écart entre la tranche d'aujourd'hui et celle de la sortie. Une sortie en capital concentrée sur une seule année peut en outre faire monter le taux d'imposition de cette année-là.

L'épargne reste indisponible hors cas prévus par la loi. Les supports en unités de compte présentent un risque de perte en capital, et les frais du contrat comme ceux des supports pèsent sur le résultat final. Ils doivent être chiffrés en euros avant toute souscription.

Le point souvent mal compris : les cotisations sociales

Une idée revient chez de nombreux indépendants : un versement déduit du bénéfice au titre de l'article 154 bis réduirait à la fois l'impôt et les cotisations. Elle est inexacte. Ce versement baisse le bénéfice imposable, mais pas la base des cotisations.

L'article 154 bis du code général des impôts ne vise que la détermination du bénéfice imposable. L'assiette sociale relève du code de la sécurité sociale, aux articles L. 131-6 et L. 136-3. Depuis la réforme appliquée aux revenus 2025, elle part du revenu brut social, sur lequel l'Urssaf applique un abattement de 26 %, encadré par un plancher et un plafond.

La notice officielle de la déclaration des indépendants est explicite : les versements Madelin et PER relevant de l'article 154 bis ne se déduisent pas de ce revenu. La règle n'est d'ailleurs pas née avec la réforme : ces cotisations facultatives étaient déjà réintégrées dans l'assiette auparavant.

Art. 154 bis : bénéfice
Bénéfice imposable 90 000 €
Déduction du revenu global 0 €
Base imposable 90 000 €
Impôt en moins 3 000 €
Cotisations en moins 0 €
Art. 163 quatervicies : revenu
Bénéfice imposable 100 000 €
Déduction du revenu global 10 000 €
Base imposable 90 000 €
Impôt en moins 3 000 €
Cotisations en moins 0 €

Cet exemple porte sur un versement de 10 000 € et un bénéfice de 100 000 € avant versement, en supposant que toute la déduction joue dans la tranche à 30 %. Le coût net du versement est de 7 000 € dans les deux cas. Il n'y a ni économie de cotisations, ni baisse des droits à la retraite obligatoire, puisque l'assiette sociale ne bouge pas.

Pour un indépendant, le PER réduit l'impôt et prépare la retraite. Il ne réduit pas les cotisations sociales.

Le compte utilisé n'y change rien. En entreprise individuelle, payer depuis le compte professionnel revient à payer soi-même : il n'existe ni employeur, ni part patronale. Pour un gérant majoritaire de société à l'impôt sur les sociétés, la cotisation prise en charge reste dans la rémunération déclarée à l'Urssaf. Les exploitants agricoles relèvent de règles propres.

La vraie exception se situe ailleurs : l'abondement à un PER collectif sort de la base des cotisations, en restant soumis à la CSG-CRDS. Il suppose au moins un salarié et un dispositif ouvert à l'ensemble du personnel, dont le coût doit être mesuré.

Alors, 154 bis ou 163 quatervicies ?

Puisque l'effet immédiat est le même, le choix se joue sur la capacité de déduction et sur le revenu fiscal de référence.

Art. 154 bis, 2026
Plafond pour 100 000 € de bénéfice 17 791 €
Revenu de référence Année du versement
Report du plafond Non
Plafond du conjoint Non
Revenu fiscal de référence Baisse
Art. 163 quatervicies, 2026
Plafond pour 100 000 € de revenu 2025 10 000 €
Revenu de référence Année précédente
Report du plafond Oui
Plafond du conjoint Oui, sur option
Revenu fiscal de référence Inchangé

L'article 154 bis convient à une année de bénéfice élevé, à un versement supérieur au disponible de l'avis d'imposition ou à un foyer proche d'un seuil de revenu fiscal de référence. L'article 163 quatervicies permet d'utiliser les plafonds non consommés et celui du conjoint soumis à imposition commune. Sur des versements réguliers et modestes, l'écart reste souvent limité.

Le report mérite une attention particulière. Il passe de trois à cinq ans, mais seulement pour les plafonds nés à partir de 2026. Les versements s'imputent d'abord sur le plafond de l'année, puis sur le reliquat le plus ancien : la part non utilisée de 2023 disparaît le 31 décembre 2026 et n'est consommée que si l'on verse au-delà du plafond de l'année.

Le choix se prépare avant le versement et se traduit dans la comptabilité et la déclaration de revenus, avec un contrôle du montant prérempli pour éviter toute double déduction. Il se décide avec votre expert-comptable.

Ce qu'il faut vérifier avant de verser

  • Le niveau de vos droits obligatoires, et donc l'écart réel à combler.
  • Votre tranche d'imposition actuelle et celle attendue à la retraite : à 30 % aujourd'hui, 10 000 € déduits rapportent 3 000 €, et le même capital coûterait 1 100 € à 11 % à la sortie, ou 4 100 € à 41 %, hors gains.
  • Votre besoin de disponibilité : une somme placée sur un PER ne se récupère que dans les cas prévus par la loi.
  • Votre plafond disponible, recalculé à partir de vos revenus et de vos versements antérieurs.
  • Le coût total du contrat, exprimé en euros.

Ces points relèvent d'une analyse de votre situation : pour un dirigeant, la réponse dépend autant du revenu que de l'horizon et de l'entreprise. Pour aller plus loin, consultez notre page consacrée à l'épargne retraite.