Un taux d'épargne record, une allocation qui interroge

En 2025, l'épargne brute des ménages français s'établit à 353 milliards d'euros — un niveau historiquement élevé. Le taux d'épargne atteint 18% du revenu disponible brut, contre 14,9% en moyenne dans la zone euro. Les Français épargnent nettement plus que leurs voisins européens. La question n'est donc pas de savoir s'ils mettent de l'argent de côté — ils le font massivement. La question est de savoir cet argent va.

353
Mds€
Épargne brute
des ménages 2025
18%
Taux d'épargne
France vs 14,9% zone euro
763
Mds€
Numéraire et dépôts
à vue — T4 2025

763 milliards sur des comptes courants

À fin 2025, les ménages français détiennent 763 milliards d'euros en numéraire et dépôts à vue — soit des comptes courants non rémunérés ou quasi-nuls. Ce chiffre a progressé de 21 milliards sur l'année. C'est de l'épargne de précaution, légitime jusqu'à un certain seuil. Au-delà, c'est du capital immobilisé qui perd en pouvoir d'achat réel face à l'inflation.

Pour un patrimoine de 500 000€, maintenir 100 000€ en compte courant représente un coût d'opportunité de 3 000 à 5 000€ par an selon les alternatives disponibles.

En parallèle, on observe un signal clair : les livrets réglementés enregistrent des flux nets négatifs de 8,2 milliards en 2025. Les épargnants réallouent progressivement leurs liquidités excédentaires. La question est de savoir vers quels véhicules, et dans quelle logique patrimoniale globale.

L'assurance-vie en euros : un retour en force

La détente des taux directeurs de la BCE a rendu les fonds en euros à nouveau compétitifs. Les flux nets vers l'assurance-vie et l'épargne retraite en euros atteignent 47 milliards d'euros sur 2025, contre 28,2 milliards en 2024 — une progression de 67% en un an. L'encours total de cette catégorie atteint désormais 1 570 milliards d'euros.

Ce mouvement reflète une réalité simple : face à la baisse progressive de la rémunération des livrets réglementés, l'assurance-vie en euros redevient la première destination naturelle de l'épargne longue. Elle offre un cadre fiscal éprouvé, une transmission facilitée, et des rendements redevenus lisibles.

La montée en puissance des unités de compte

Simultanément, les flux vers les unités de compte s'établissent à 33,8 milliards en 2025, avec un encours total de 606 milliards. La dynamique est continue depuis plusieurs années. Les épargnants français acceptent progressivement d'aller chercher la performance là où elle se trouve — dans des supports exposés aux marchés, en contrepartie d'un horizon de placement plus long.

Ce n'est pas une tendance marginale : les UC représentent désormais plus de 27% de l'encours total d'assurance-vie, contre moins de 20% il y a cinq ans.

Ce que cela signifie concrètement

La photographie que dresse la Banque de France est celle d'une épargne abondante, mais encore trop concentrée sur des supports peu rémunérateurs. Pour tout patrimoine de taille significative, l'enjeu n'est pas d'épargner davantage — c'est d'arbitrer intelligemment entre les enveloppes disponibles, en fonction de l'horizon de placement, de la fiscalité personnelle ou professionnelle, et des objectifs de transmission.

Cette allocation ne se décrète pas. Elle se construit après un diagnostic précis de la situation patrimoniale globale — actifs, passifs, revenus, structure juridique, horizon et objectifs. C'est précisément ce travail que nous réalisons lors d'un premier entretien.